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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 23:27

Drapeau du Kampuchea "démocratique" :

Democratic_Kampuchea.png

 

Cambodge - 17 Avril 1975

 

"J'avais 20 ans et je vivais a Phnom Penh avec ma famille quand les Khmers Rouges (j'écrirai KR pour simplifier) ont pris le pouvoir. Des KR sont venus nous dire qu'ils évacuaient la ville car les américains allaient la bombarder. Nous avions le droit de prendre un minimum d'affaires mais nous ne serions absents que pour trois jours, le temps que le danger passe. Ma famille se composait de mes parents ; j'étais l'ainé puis venaient mes deux frères qui avaient respectivement un et deux ans de moins que moi et enfin ma soeur, la cadette de la famille. J'allais passer avec mon frère la seconde partie du baccalauréat ; mon second frère la première partie et ma soeur était au lycée comme nous.

 

Nous avons donc du quitter notre domicile, nous n'osions pas refuser car les KR étaient armés. Au mois d'Avril, il fait très chaud. Les températures peuvent grimper jusqu'à 45-50°C. Tout le monde était sur la route et nous n'avions pas beaucoup d'eau. Nous étions trempés de sueur car nous devions marcher sous le soleil brulant. Nous avions peur car les KR sortaient parfois quelqu'un de la foule, comme par exemple une femme qui portait sur elle tous ses bijoux, et l'emmenaient à l'écart. Puis nous entendions des coups de feu et le KR revenait seul avec les bijoux de la victime qu'il montrait à ses camarades. Les KR emmenaient aussi les militaires et les intellectuels. Nous étions sous le joug des armes, poussés par la foule. Il était impossible de s'arrêter vraiment, sauf la nuit, tant la foule nous poussait. Pour faire ses besoins, la famille devait entourer la personne afin qu'elle soit protégée des regards.

 

Les trois jours sont vite passés, puis trois autres et trois autres, cela nous a paru interminable. Je ne me souviens pas du nombre total de jours durant lesquels nous avons marché. Rapidement nous n'avons plus eu d'eau. Nos chemises trempées sont redevenues sèches, nous souffrions de déshydratation. Nous ne pouvions pas nous laver. Pour faire cuire le riz, il y avait parfois une mare dans laquelle les personnes avant nous s'étaient lavées. L'eau était couleur café au lait. Parfois un cadavre humain d'une puanteur atroce reposait à proximité ou dans l'eau. Nous n'avions pas le choix, il fallait boire cette eau et cuire la nourriture avec. Au début ma mère ne voulait pas, mais nous lui avons dit "nous n'avons pas le choix" et elle a du se résigner. Sur la route aussi, il y avait des cadavres ou des bouts de corps en décomposition. La nuit, nous dormions a côté d'eux. C'était horrible et effrayant.

 

Au bout d'un certain temps, les KR m'ont donné des vêtements : une sorte de pyjama de couleur noire. J'en portai un sur moi et l'autre à la main. Plus tard, ils ont ordonné à toutes les familles de se mettre en ligne. Ils m'ont désigné ainsi que d'autres garçons. J'ai cru qu'ils allaient tous nous tuer. J'ai jetté un dernier regard à ma famille et je suis parti avec les autres. En réalité, ils nous ont emmené dans un camp de travail. Toutes les familles étaient separées. Les camps regroupaient les pères avec les pères, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons, etc. Mais les KR prenaient bien soin à ce que deux membres d'une famille ne soient pas dans le même camp.

 

Parfois ils interrogaient des enfants pour savoir quel était le métier de leur père à Phnom Penh. S'il était instituteur, banquier, militaire... toute la famille au sens large (oncles, tantes...) était éliminée car "si on laisse une racine, la mauvaise herbe repousse". Avant de partir, j'avais emmené mes livres du lycée car passer le bac était important pour moi. Mais au fur et à mesure du voyage, je les avait laissé tomber en route, car j'entendais certaines rumeurs dans la foule. Bien m'en a pris, je pense."

 

La suite du témoignage .

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Published by enviedasie - dans Cambodge
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