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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 22:47

 

      SL371677.JPGSL371673.JPG   Camp S-21 ©enviedasie

 

"Pendant quatre années, j'ai vécu dans un camp de travail à la campagne. Nous dormions sur des lits en bandes, à 60 cm du sol, dans un batiment non fermé. Comme il n'y avait pas de murs, nous étions à la merci des insectes et autres animaux. Il y a notamment une sorte de fourmi dont les mandibules et la tête reste accrochée à vous si vous la tuez. Nous avions aussi peur des serpents.

 

Nous avions deux repas par jour seulement et c'était essentiellement de la bouillie de riz. Nous avions faim car nous travaillions près de 15 heures par jour et même la nuit quand la lune brillait assez pour nous éclairer. A la saison des pluies, nous faisions pousser le riz. A la saison sèche, nous nous occupions des canaux et des digues pour les rizières.

 

Beaucoup de gens mourraient de maladie, de malnutrition ou d'éxécution. Au début, nous étions une centaine dans notre camp, à la fin une dizaine... on regroupait ceux qui restaient pour continuer le travail.

Il n'y avait pas de vrai médecin. Quand nous étions trop malades, on nous emmenait voir le "docteur" qui était une adolescente. Elle avait une seringue et trois fioles de couleurs différentes. Nous étions en rang, sans ordre précis, et elle commencait par faire des piqures avec le liquide de la première fiole, puis la seconde, et la dernière. Parfois, quand il n'y avait plus de liquide dans les fioles, on ordonnait au moins faible d'aller cueillir une noix de coco et on nous faisait une piqûre avec le lait de coco. Il n'y avait pas de désinfectant et la seringue servait à tous, alors certains faisaient des abcès.

 

Je n'aurais jamais pensé m'en sortir vivant, c'est un miracle car j'ai été malade... Mon dos a été brulé deux fois par le soleil, j'ai encore des cicatrices aujourd'hui. Ma mère et mes deux jeunes frères sont morts pendant cette période. Il est resté mon père, ma soeur et moi. Après la période Khmer rouge, j'ai pu reprendre mes études mais je n'ai pas pu suivre l'enseignement que je souhaitais. Je voulais faire médecine mais j'ai du faire des maths et entrer dans un institut de technologie où l'enseignement se faisait en russe.

 

Les khmers rouges ont volé ma jeunesse et ma vie."

 

Voilà, j'ai mis longtemps à écrire cette deuxième partie car c'était difficile de retranscrire le plus fidèlement ce témoignage. Je n'ai rien enlevé ni rajouté.

C'est mon guide à Phnom Penh qui a tenu à nous raconter sa vie quand nous nous sommes rendu au camp S-21 (photos ci-dessus et ) où des milliers de cambodgiens ont été torturés et tués (hommes, femmes et enfants !). Je ne vous dirai pas son nom, juste l'initiale de son prénom : S. Pourquoi ? Parce que de nombreux anciens KR sont au pouvoir aujourd'hui au Cambodge et que je voudrais pas qu'il "finisse aux crocodiles" comme d'autres. Surtout qu'il est marié et a une fille.

Libres à vous de le croire et me croire. Moi je le crois, car il nous a raconté cela avec une grande émotion, d'une traite, avec parfois les larmes aux yeux. De plus, son histoire ressemble à celle de beaucoup d'autres (Hour Chea, Navy Soth, Ong Thong Hoeung...) .

 

Si vous vous intéressez au sujet, lisez la page wikipédia très bien faite. Plusieurs livres ont été publiés et sont disponibles dont La machine khmère rouge par Rithy Panh et Christine Chaumeau aux éditions Flammarion.

A noter que peu de KR ont été traduits en procès malgré toutes le horreurs commises. On estime en effet qu'entre 1,5 et 3 millions de personnes sont mortes en 4 années (il y avait moins de 8 millions d'habitants en 1975). Seules 4 personnes sont en prison. Le plus célèbre d'entre eux Duch, qui dirigeait le camp S-21 a connu son deuxième procès qui s'est terminé en début d'année.

Toutes les infos en français sont regroupées sur le site Procès des khmers rouges et dans le livre de Francis Deron Le procès des Khmers rouges aux éditions Gallimard (il date de 2009 et n'évoque donc que les premiers procès).

 

Je signale la sortie récente du film de Rithy Panh qui s'est intéressé à Duch avec la même question qui revient toujours quand on s'adresse à des boureaux : "comment peut-on ordonner la mort de milliers de personnes ?"

 

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Published by enviedasie - dans Cambodge Histoire
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